Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 12:42

Le lundi 16 janvier, je serai opéré à la clinique Turin ( Mirage à l'italienne) de mon cancer à la prostate. Les nerfs érectiles passeront avec l'ablation de la prostate par robot assisté. Dès lors, je serai impuissant.

La malléabilité de l'esprit est sidérante. Même si je le savais déjà intellectuellement, vivre une expérience comme celle-là rend presque du jour au lendemain évident ce qui aurait été refusé violemment la veille.

Je me souviens très bien de ce jour que j'ai déjà raconté où j'ai eu la certitude d'avoir un cancer, alors que je le savais intimement. Lors des explications fournies par le chirurgien une semaine après l'annonce, alors que l'IRM n'était pas faite et que donc la localisation exacte du cancer n'était pas connue, le Dr Dumonceau avait évoqué le fait que les nerfs érectiles pourraient être touchés. Presque par pur réflexe, j'avais dit alors que je voulais les conserver. Je me souviens très bien; j'ai dit "voulais", pas "souhaitais".

Cinq semaines après, quand l'opération a été programmée, j'ai rendu les armes de moi-même; mon esprit était fait à l'irréversible, à l'inéluctable.

Parce que c'est bien là le fond de l'affaire.Comme la mort, cette opération est irréversible. Au fond, toute sa vie, on vit en permanence dans la contradiction de savoir que la mort nous attend et dans l'inconscience réelle qu'il y a un moment où elle arrive. On se rassure en se disant qu'elle peut arriver brutalement, par accident.

Je ne mourrai pas le 16 janvier (normalement!), mais ce jour là je sais désormais qu'il me manquera définitivement une puissance réelle et symbolique.

Depuis deux mois, je m'en veux de ce que je pense. Je m'en veux d'être centré sur ma petite personne. Je m'en veux d'y penser tous les jours en ce moment. Le 16 décembre au soir, j'étais à Chaillot voir la dernière création de Forsythe et j'ai très mal suivi, parce que je pensais "plus qu'un mois". Je n'ai jamais été extraverti; mais je supporte mal que mon esprit m'impose d'"y" penser, je supporte mal une introversion encombrante.

Et je déteste encore plus les subterfuges qu'il (l'esprit) met en place, insidieusement. Et, même si ces subterfuges ne font que faire ressurgir ce que j'ai toujours pensé, je n'aime pas me voir y penser en ce moment.

Sans doute - sûrement- pour partager de force la solitude de cette impuissance et amoindrir ainsi la douleur, je relie cette proche impuissance à l'impuissance politique et professionnelle.

Impuissance politique: le degré zéro auquel la classe politico-médiatique est arrivé ( l'épisode du sale mec, par exemple, et la fabrication d'une fausse info par les journalistes) me fait penser qu'il y a un moment ( et je ne sais pas quand, ni si je le verrai, ni, si je le vois, je serai capable de l'analyser) où une révolte à venir se transformera en révolution. Où la fin de règne, où l'impuissance créeront le séisme.

Impuissance professionnelle: il ya quand même bien longtemps que je sais que, à force d'être dans la marge, Zeugma Films peut verser dans le fossé. Défendre une ligne claire, un type d'écriture, c'est bien sûr engager autour de soi des complicités, des amitiés, des films forts et originaux. Mais c'est aussi avoir l'impression de crier dans le désert.

Tout celà peut paraître bien sombre, pessimiste. Malgré ma peur de ces jours présents, je ne crois pas être déprimé. Peut-être que le séisme qui m'attend le 17 janvier me fera découvrir des sensations nouvelles, une accrue capacité de révolte qui se traduise en espoir, que j'ai toujours chevillé au corps ( et à l'esprit!) et qui pourrait se résumer ainsi:

malgré les vents contraires, "on les aura".

 

PS Ayant fait un peu de rangement avant mon départ en vacances, j'ai constaté qu'il me restait, d'une vie antérieure, un peu plus de dix préservatifs, apparemment bien conservés et en état de marche. Ne sachant pas utiliser e bay, que dois je faire?

PS 2 Je constate que mon cancer n'est pas aussi médiatique que celui de Jean-Luc Delarue. C'est sûrement dû au fait que je ne suis pas toxicomane.

Par Michel David
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 14:45

Pendant dix ans, j'ai concouru (en pure perte) pour décrocher la timbale du prix du producteur de la Procirep. Beaucoup par vanité sûrement, un peu par souci de reconnaissance professionnelle.

Le 5 décembre, le prix a été remis, et Zeugma Films faisait partie des six concurrents retenus pour le tour final.

Nous n'avons pas eu la timbale, mais un peu honorés quand même.

Voici le discours que je n'ai pas prononcé. Ne me faisant pas confiance à l'oral, j'ai trouvé qu'il y avait un charisme de l'écrit.

 

 

 

 

Produire, ce n’est pas un métier, même s’il faut des connaissances, ce n’est pas une profession, même si nous portons des enjeux communs, c’est une passion. Une passion. Exclusivement.

Produire, c’est aller parfois jusqu’au bout de la déraison, parce qu’il y a nécessité vitale à faire.

Produire, c’est manier à tout moment des contradictions.

Nous, producteurs, qui sommes ici, nous le savons. Le vivons tous, parfois dans l’angoisse, parfois dans le plaisir, dans le bonheur, dans l’amour de la vie et de l’art.

Pour Zeugma Films, produire, c’est, comme le dit ce très beau titre d’un cinéaste oublié, Evald Schorm, du courage pour chaque jour. Ou, pour reprendre une ancienne formule d’André S. Labarthe, faire l’éloge de la marge.

Pour Zeugma Films, produire, c’est travailler avec des auteurs réalisateurs. C’est constituer  une société d’auteurs. C’est constituer un catalogue de films dont le spectateur sent que ça a été vital pour l’auteur de le mener à bien, que c’est une aventure où son âme est en jeu.

Des films qui laissent le spectateur libre de penser par lui même. Libre de regarder le monde, les yeux grand ouverts, sans caméra cachée, arme du lâche, sans flou, et les oreilles bruissant de mille sons.

Libre de regarder la société, toujours en montrant, jamais en démontrant, en ne faisant pas partie des indignés, des dénonceurs de tout poil ou des nostalgiques d’un beau passé. C’est sûrement moins efficace médiatiquement, c’est sûrement plus juste politiquement.

Je ne dis pas cela comme la vérité – chacun a la sienne -, mais comme la vérité de Zeugma Films.

Mais cette exigence, cette absolue singularité ne peuvent exister que parce qu’elles s’insèrent dans des combats collectifs.

Au SPI, dont j’ai longtemps été membre du comité directeur, y défendant toujours la diversité du documentaire et sa non solubilité dans une définition ; au C7 ;  au ROD où j’ai milité – en vain pour l’instant – pour la création d’une case à écriture spécifique.
A la Procirep, où je participe depuis des lustres à la commission exécutive, lieu central des enjeux collectifs.

            Parmi les combats qu’il faut sans cesse mener, il y a celui avec les diffuseurs qui, forts de leur oligopole, peuvent – parfois, pas toujours ! – nous respecter individuellement, mais qui entendent mal que nous puissions avoir non seulement des revendications collectives, mais des avis sur le formatage, la qualité de l’offre, sur la nécessité  pour France télévisions de ne pas affirmer ni croire que le seul traitement de l’audace se situe dans les sujets, mais que l’audace est dans les écritures d’abord, pour Arte de promouvoir exclusivement la différence, et pour tous les autres de ne pas faire comme les autres.

           Je m’en voudrai aussi, dans ces combats, si je ne mentionnais pas l’initiative du renouvellement même du travail de producteur dans l’aventure collective de dix sociétés indépendantes ayant formé le Groupe Galactica, dont les enjeux ont été tout de suite compris par le CNC, la Procirep, les régions, la collectivité des producteurs et pas encore par les diffuseurs hertziens. Et, comme nous sommes trois sur 15, avec les Films du tambour de soie et Vivement Lundi à être nominés à ce prix, nous espérons pouvoir continuer à représenter 20% de la production française.

          Tout cela ne serait pas possible si

          Un travail de longue haleine n’était fait avec des auteurs réalisateurs, et je tiens à ce que ce prix les honore aussi.

         Avec un désir permanent de mener à bon port des premiers films et des jeunes auteurs.

         Avec des diffuseurs Arte, France télé, par éclipses, et mention spéciale à Dominique Renauld, de Vosges Télé, ami de longue date.

         Avec une volonté de diversifier Zeugma Films, en distribuant des documentaires en salles.

         Et, aussi, de transmettre. A mon âge, j’y pense.

         In fine, je voudrais remercier la Procirep, le jury, ma très chère banque, HSBC, mes fournisseurs, Avidia et Candela notamment, le CNC - Marie Claude Seveau - , mes amis producteurs étrangers, Cobra Films principalement, mes amis concurrents de ce prix, Paul, Hélène, François, Patrice,  Alexandre, tous les producteurs qu’ils soient à l’Uspa ( Paul, Xavier, Arnaud, Blanche) ou au Spi, avec une dédicace toute spéciale à Emmanuel Priou. Zeugma Films et Bonne Pioche ont deux lignes à l’opposé l’une de l’autre ; mais la liberté de tous, auteurs, producteurs et aussi diffuseurs devrait être de dire : je n’aime pas ce que tu fais, et je te défends et je te respecte.

        Et, puis, bien sûr merci à l’équipe de Zeugma Films sans laquelle Zeugma ne serait rien, Loïc, producteur associé, Marilyn, directrice de production, Laetitia, chargée de la distribution.

        Je reçois ce prix avec fierté et reconnaissance, et continuons le combat.

Par Michel David
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 13:55

Je reviens un peu tard sur le film de Jafar Panahi.

Ceci n'est pas un film.

J'aurais pu penser que des spectateurs aillent voir ce film par solidarité avec un cinéaste qui risque quand même très gros, l'enfermement chez lui, la prison peut-être, l'interdiction de travailler (30 ans?!!).

J'aurais pu penser que d'autres au contraire auraient eu envie de voir ce geste de liberté, ce cinéaste - dont les films précédents montrent l'intelligence et la force métaphorique.
J'aurais pu penser que les spectateurs n'allaient pas se laisser impressionner par ce qui est dit du film ou ce qui est dit de la condition actuelle de l'homme Jafar, n'allaient pas verser dans ce que Danielle Attali, du Journal du dimanche, n'ayant pas compris le film, dit, comme un perroquet: ceci n'est pas un film.

Je suis allé voir " Ceci n'est pas un film" le premier dimanche de sa sortie au MK2 Bastille ( pas de sortie au MK2 Beaubourg, pourtant "adapté" à ce cinéma). Séance de 14h 30. Six personnes dans la salle, dont moi.

La culture disparaît des salles. Je constate que beaucoup  de salles de spectacles ( théâtre, musique) sont pleines, y compris pour du spectacle vivant dont les médias ne rendent pas compte. Je constate que des spectateurs ne sont pas dans une consommation immédiate, par exemple en prenant des mois à l'avance un abonnement. Je crois que l'heure est venue au cinéma de retrouver une aventure de distribution dans les marges, en retrouvant la dynamique des mouvements des années 50, des ciné clubs (par abonnement); je crois qu'on peut "créer" un public, certes très différent de celui de la consommation immédiate, mais qui sera le terreau de la nouvelle vague.

Mais revenons à Panahi.

Ce film est un regard. Un immense acte de liberté d'écriture. Peu m'importe que la scène finale, celle de la descente des poubelles dans un ascenseur menant pour la première fois le cinéaste -acteur de sa propre vie- dans le danger du dehors, qui plus est alors que ce dehors est festif, peu m'importe qu'elle soit entièrement jouée ou quasi improvisée ( ce film a été tourné en quatre jours). Idem dans cette scène poignante, où le cinéaste qui s'est pris au jeu de mettre en espace sur le tapis de son salon le scénario qu'il lui est impossible de réaliser s'arrête brutalement, s'effondre d'émotion, parce que le réel de la situation absurde dans laquelle il est lui saute à la gorge.

Ce qui apparaît là, c'est le geste cinématographique, c'est purement et simplement du cinéma.

Et il faut s'interroger sur les raisons qui font que le cinéma contemporain naît là où il y a le plus d'oppression: Argentine il y a dix ans, Thaïlande, Mexique, Philippines, Iran.

Le naufrage actuel du cinéma français n'en apparaît que plus vif.

Quelquefois, on vend ( parce qu'il s'agit de vendre, pas d'exister, comme Panahi). "La première fois" qu'on fait du cinéma muet grâce à Thomas Langmann, tournant aux USA parce que... quelle explication au fait? Ah? Et "Juha"?

Ou on vend une histoire fausse à pleurer ( tout le mode tombe dans le panneau?) de "Donoma", ce film auto réalisé pour 150 € ( qui dit mieux? - au niveau du prix évidemment, je ne parlais pas de talent).

On traite un sujet bien émouvant.

"Polisse" - on s'y croirait, dans cette si émouvante et si juste brigade des mineurs, où les bons sont bons (les flics!!!) et les méchants (tous les autres!!!) méchants ( aucun cinéaste, même du temps du western le plus raciste, n'a osé ça). Emotion pleurnicharde de Maïwenn, qui n'est plus Le Besco - Isild, où as tu disparu?- au cas où on n'aurait pas compris les-lourds-contentieux-qui-font-surgir-le-génie.

"Intouchables", beau sujet pleurnichard/ rigolard à souhait, très Canal, avec deux bons, caricatures, mais si vraies, un vrai banlieusard, un vrai handicapé. Bon, il n'y a qu'un riche, mais il faut bien que chacun reste chez soi.

Ecoeurant. Et ces succès de consommation paralysent toute innovation ( tout au moins le croient ils, ces "dominants", ces "détenteurs du pouvoir" du riche, qui a la classe de l'immédiateté à ses côtés: Bruce Toussaint, ex Canal, désormais Lagardère Europe 1, déclarant à l'antenne,  qu'il privatise pour lui, qu'il se rasera la barbe si Omar Sy n'a pas le César!!!

Jafar Panahi, tu nous sauves de cette fange, continue ta pureté, continue ton courage, tes combats.

Par Michel David
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 15:24

Il y a quelques semaines.

Adrien et moi nous nous sommes donnés rendez vous à Stalingrad pour un verre d'amitié et pour parler aussi travail, les montages en cours.

Je voulais lui faire les honneurs de la Rotonde de la Villette. Ce bâtiment, fermé depuis la nuit des temps ( j'ai habité à côté dix ans sans l'avoir jamais vu de l'intérieur), vient juste d'être "réhabilité" ( comme on dit; Jeanne d'Arc aussi a été réhabilitée).

Ledoux, cet architecte fou, qui a passé sous la Révolution une partie de sa vie en prison ( comme Sade!) "inventait", toujours des formes rondes, évidemment inhabitables, mais si harmonieuses. Le chef d'oeuvre ( des oeuvres existantes, parce qu'il reste beaucoup plus de dessins que d'oeuvres) est la Saline Royale d'Arc et Senans, avec son bâtiment avec oeil de boeuf où une seule personne peut contrôler tous les ouvriers qui... n'y auront jamais travaillé).

Je fais donc mon petit cours d'histoire à Adrien et nous allons prendre notre verre, non dans la brasserie froide qui a été installée dans la rotonde, mais chez Hocine, Côté Canal.

De fil en aiguille, comme dans les vraies histoires où on n'a pas envie de se quitter, nous allons dîner en face, au bar de la Marine.
Delphine, alors enceinte jusqu'au cou, rayonnante, nous rejoint. ( Depuis, elle a accouché; Adrien nous montre des photos, en se ressentant papa gâteux, mais heureux de l'être).

Nous allons passer la commande et un quiproquo, qui nous fait beaucoup rire, arrive. Le restaurateur me prend pour le père d'Adrien ( Joachim, tu es mon petit fils caché) et, comprenant son erreur, il en rajoute, arguant de notre ressemblance, pas évidente, sinon des visages carrés (?).

Tout arrive dans la vie. Je me savais déjà vieux, mais, désormais, je suis pater familias de la grande famille Zeugma, père de "mes " auteurs, bardé de responsabilités. Confusion définitive entre vie et oeuvre, la grâce, quoi!

Alors, je raconte à Adrien et Delphine une anecdote qui me rattache très fortement à ce restaurant.

La journée d'Ulysse ( celle où tout se passe dans le livre de Joyce) est le 16 juin 1904. Pour le centième anniversaire, je m'étais mis en tête de faire un film-anniversaire; Charlotte Szlovak avait accepté d'en faire quelque chose, avec des éclairs lumineux: faire lire / jouer une partie du monologue final ( Yes Yes) de Mollie par deux actrices.

Gràace à Gallimard ( Prune Berge), j'avais envoyé le projet au petit fils de Joyce, seul héritier. Et je me souviens comme si c'était hier du coup de fil reçu un vendredi vers sept heures du soir, qui a duré plus d'une heure et m'a fait arriver en retard au dîner que nous avions prévu au bar de la Marine.

Je décroche: "Ici, Joyce".

 J'imagine que cette usurpation d'identité, cette confusion volontaire d'identité sont de nature à impressionner. Je crois n'avoir pas placé plus de deux phrases dans une heure d'insultes, la moindre étant que notre dossier était nul et que jamais jamais il ne nous donnerait les droits pour adapter Ulysse. Si, ici, je parle d'abus de droits, je sens que je vais me mettre la Scam ou la Sacd à dos- et je ne parlerai donc pas de leurs abus.

En réalité, nous avons tourné le film dans la crainte qu'il nous l'interdise. Je dois dire que, même si on me laissait le problème sur les bras, j'ai appris après coup que Stephen Joyce était considéré par tous comme un emmerdeur de première, velléitaire (il n'a pas osé aller au procès) et finalement perdant, puisque je n'ai pas payé les droits qui auraient été dûs normalement. Et, heureusement, aussi bien mon avocat que Arte n'ont pas flanché!

Ceci dit, quand même, après que Stephen Joyce eut raccroché ( sa femme l'attendait pour la soupe du soir), je n'en menais pas large. J'arrive donc en retard au Bar de la Marine... et le plat principal, ce soir là - le miracle!- était:  "rognons de veau". C'est-à-dire le plat longuement et amoureusement expliqué dans "Ulysse"!!! ( il faut qu'ils soient légèrement brûlés).

Avec Adrien et Delphine, la conversation nous amènera aussi à parler du "Rivage des Syrtes" de Julien Gracq, autre grand livre que Pierre- Yves et moi partageons.

Puis elle roule sur " La littérature à l'estomac", pamphlet que Gracq avait écrit après la guerre, contre les prix littéraires. Adrien n'a pas lu. Je lui dis que ce livre a été réédité dans les années 60 dans une superbe collection dirigée à l'époque par Jean François Revel, sur un très beau papier bistre, dans des petits livres de format très étrange, étroit et long.

Et nous découvrons que ce format a été inventé par le grand père d'Adrien, dont il m'avait déjà parlé. Correspondances...

Et, deux jours après, je reçois dans ma boîte aux lettres, ce petit livre que j'avais perdu depuis longtemps offert par Adrien ( qui l'a trouvé sur Amazon, je crois).

Ce soir là, au Bar de la Marine, j'ai eu la primeur de l'esquisse du nouveau projet de film d' Adrien, dont je ne dirai rien. Evidemment. Mais ce fut une très lumineuse soirée.

Dans le même esprit, après un visionnage très frustrant ( c'est peu de le dire!) avec Arte sur son dernier film, Xavier  et moi sommes allés boire un coup. Je lui ai rappelé un plan de films antérieurs, un plan pour lequel un film vaut absolument d'avoir été fait, un plan des "Filles des ruines", puis un plan de "L'effet Transsibérien".
Le lendemain, Xavier m'envoie un mail en réponse, avec un "vieux" projet qui traînait dans ses tiroirs.

Le cinéma comme il va.

PS. Les droits de Joyce sont libres dans quelques mois. Stephen Joyce, suceur de sang, ne nuira plus. Joyce, de toutes façons, reste, maintenant encore, un des plus beaux esprits libres qui soient.

Par Michel David
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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 12:18

Je n'ai jamais été très rohmérien. Cette veine intimiste du cinéma français m'a paru amener à un enfermement sur soi, à une impossibilié réelle de se saisir de thèmes universels, de sentiments qui vont réagir dans la conscience d'individus très différents sur la planète.
Pour autant, cette veine est très représentative de notre culture française. En fait, de Rohmer, je me souviens vraiment de "Ma nuit chez Maud" et du "Genou de Claire", deux films qui ont su mieux que d'autres capter l'air de leur temps.

Jeune, j'ai phantasmé (les vrais phantasmes dûs à une consommation à haute dose de cinéma) sur la moue boudeuse, sur le corps et les genoux de Claire, Haydée Politoff.

Est-ce que le genou de Claire (le film) a modifié ou impressionné profondément ma vision ( au sens de la vue, seulement) des femmes? Je ne sais pas, mais pourtant, pour moi, les genoux sont un lieu privilégié de l'érotisme.

Bizarre d'ailleurs. parce que la première chose que je regarde, c'est le visage, l'intelligence du visage, le regard, son acuité. J'ai toujours l'impression que le regard ne trompe pas, que le visage est un paysage ( le dernier film de Bruno Dumont, "Hors Satan", que j'aime pourtant moins que les films de ses débuts, en fait une démonstration éclairante, en filmant de la même manière les paysages du Nord et le visage d'une femme).

Je suis très sensible à la couleur des yeux. Mon bleu un peu sombre, un peu grave, me vient de ma mère et j'ai transmis à trois de mes enfants très exactement la même couleur. Je leur ai aussi transmis mon amour du spectacle ( ils font du théâtre ou de la musique) et je crois bien ne pas leur avoir transmis autre chose, j'ai trop conscience d'avoir été un mauvais père.

Ma deuxième fille ( la première s'appelle Claire) a des yeux sublimes, gris vert très clair, d'eau toujours changeante, qu'elle a hérités de sa mère.

Et, donc, les genoux. Diffiile d'expliquer. J'aime ( j'aimais) caresser les genoux dans leur qualité d'articulation, dans leur côté anguleux; il faut qu'ils soient maigres, que je sente les os et en même temps la peau qui, là forcément, se ride, se vieillit prématurément. Sans doute ma hantise du gras, du flasque. Je trouve beaucoup moins vif de caresser ventre ou seins (même s'ils sont beaux!).

J'ai mis très longtemps à comprendre, ou plutôt à admettre ce qui, certes, n'est pas une déviance (!!!), mais m'a toujours paru un peu mystérieux. Pourquoi est-ce que je me focalise sur un élément du corps, dont j'ai l'impression qu'il est secondaire, porteur de rien, non érotique finalement?

Une pirouette ( mais je sais que ce n'est que ça) pourrait être de dire qu'un genou, c'est un zeugma ( une articulation, un passage, une frontière "nécessaire" entre deux "membres". mais je sais que c'est tordre les mots ( torsion du genou).

Choux, cailloux, genoux? Etc...

Par Michel David
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