A Clément M.

Publié le par Michel David

Clément, tu es mort assassiné sur un trottoir près des grands magasins, temple de la consommation, des marques, d'une clientèle mondialisée.

Tu es mort. Assassiné. Fait brut, irrémédiable.

Peu importe les circonstances exactes de ta mort; les flics et les journalistes, bons limiers, "trouveront".

Peu importe les coups de menton de ministres affirmant que les groupuscules qui t'ont tué seront dissous. Peu importe ces récupérations de tous bords ( je veux dire ces tentatives de récupération - toutes ignobles).
Peu importe aussi les explications a posteriori, y compris ( je l'ai entendu sur les ondes!) que tout cela n'aurait pas eu lieu s'il n'y avait pas tant de misère dans notre beau pays; les explications mélenchonistes du monde, qui ont succédé à celles disparues de fait du "communisme" sont lamentables et dérisoires comme ce triste sire bateleur des médias.

Il y a une semaine, une manifestation a traversé Paris en ton hommage. J'étais à la fin, dans mon quartier, Stalingrad ( attention, je ne suis pas moi-même en train de récupérer; je n'ai pas manifesté; j'ai vu la fin de la manifestation).
Devant la Rotonde de la Villette restaient alors environ deux cents manifestants, un peu plus peut être. L. m'a dit le lendemain matin que des vitrines avaient été brisées l'après midi. Mais, à Stalingrad, paradaient les gendarmes mobiles, beaucoup plus nombreux que les manifestants, armés de pied en cap, en "état de guerre" contre le peuple, artistiquement disséminés par petits  groupes jusque dans l'avenue Secrétan - beaucoup plus facile comme ça de casser, d'isoler, d'interpeler.

Doit on s'étonner? Non bien sûr.

Pourquoi? Parce que, Clément, le crime le plus absolu est d'être anar.

Je le dis sans jamais t'avoir connu -et donc en étant obligé de répéter ce que je ne sais pas directement.

J'ai vu ta photo. Belle gueule, je veux dire portant sur tes traits une timidité et une fragilité naturelles ( tu n'étais pas un "gros bras" - contrairement à tes agresseurs). Sûrement aussi de la détermination.

Et voilà ce qui arrive aux anars. Ils se font tuer. Assassiner. Quelquefois, pas toujours, on arrive à comprendre des années après qu'un suicide ou une défenestration ( Pinelli - vous vous souvenez?) ont été quelque peu arrangées, et , comme c'est étrange, par des représentants de la loi.

Rien de neuf sous la lune. L'irréductibilité de la pensée anarchiste est un brûlot permanent pour la société.
D'autant plus violent que le prosélytisme n'est pas son fort. Contrairement à tous autres groupuscules, et ne parlons pas des religions de tout poil qui ont remplacé dans la distribution de tracts dans la rue les militants politiques des partis de gouvernement, les anars, sans aucunement se cacher, ne font pas dans le porte à porte.

Etre anar, c'est d'abord être soi même, ne pas biaiser avec soi, avoir le moins de contradictions en sachant que la contradiction est un moteur essentiel de la pensée.

Et espérer que, par capillarité, ce mode de vie puisse être compris.
Ne pas avoir une attitude de pouvoir. C'est bien d'ailleurs ce qui me fait condamner les dérives, soit des anarchistes bandits de la fin du XIXème siècle ou des casseurs, fussent ils politisés, qui font le jeu de la répression et du pouvoir.

Se définir contre pouvoir, c'est aspirer à l'oppression.

Il faut être subtil. Laisser dire les contre vérités, comme celle du refus de voter. J'entends par là que le refus de voter est le refus du vote tel qu'il est biaisé par tous les processus "démocratiques". Et, bien entendu, les bons pensants, et d'abord ceux de gauche, se récrieront ou me traiteront d'utopiste, mot, je l'admets, plus valorisant dans la conscience populaire (!!!) que le mot anar.

Il faut croire. Il faut espérer. Tous mots que notre société morose ne comprennent plus.
Clément, tu es mort pour rien. Arrêtons ces fadaises qui voudraient nous faire croire que tu es mort pour la cause. D'ailleurs, pour ce qui te concerne, tu es mort, bien mort, seulement assassiné. Rien ne te fera revenir.

Peut-être es tu mort pour "un" rien. Nihil. Mais nous sommes plus nombreux tous les jours à savoir que ta mort fait peur à la société, et sans doute aussi à nous qui sommes toi, une partie de toi, un petit maillon dans un grand devenir dans lequel tu as, pour ton malheur, toute ta place.

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