Vendredi 6 novembre 2009
5
06
/11
/Nov
/2009
16:15
In purgatorio, film de Giovanni Cioni, dont j'ai suivi l'aventure depuis de nombreuses années, a été sélectionné en première
mondiale au Festival dei Popoli dont Luciano Barisone s'occupe. Moi qui ne suis pas un globe trotter de la production, j'ai décidé de passer quatre jours à Florence où le film est présenté ce
soir.
Inquiétude normale de l'auteur devant les premières réactions. Samedi et dimanche, j'ai été accueilli chez Giovanni qui habite une maison en pleine campagne
toscane, à trente kilomètres de Florence.
J'ai connu Giovanni à Bruxelles; il est venu se réinstaller au milieu de ses 250 oliviers qu'il me présente en bon propriétaire. La semaine prochaine, fini de
rigoler avec le cinéma, il faut faire la récolte des olives. Abondante l'an dernier, médiocre cette année.Silence des nuits, sauf un aboiement et un peu de crépitement dans la cheminée.
Giovanni me parle de la présence de scorpions dans la maison, mais ce sont de gentils scorpions. Ils n'attaquent pas. Dimanche matin, très beau lever de soleil,
mais j'ai du mal à sortir du lit, il fait froid. Giovanni me dit - conversation dans la cheminée - ne pas s'être imaginé devenir rural. Je ne le crois pas vraiment (après tout, il n'est pas là
par hasard !). Mais moi je sais qu'il faudrait vraiment des circonstances exceptionnelles (une guerre? un "état de guerre", projet à venir de Zeugma Films) pour que je le devienne. Un jour et
demi à la campagne, la ville me manque.
Une vie de festival, c'est un peu une vie de patachon. On y est accueilli très gentiment, on y parle entre gens très civilisés, on y rencontre des amis qu'on a
perdu de vue (Christian Baute, qui fut mon prédécesseur comme vice président du SPI et qui est membre du jury). On a même le temps de visiter cette ville, comme un bon touriste que l'on est.
En Français râleur, je suis furieux d'avoir payé 5 € pour visiter Santa Maria della Croce, qui est tellement en restauration qu'il n'y a presque rien de visible, à
part quelques tombeaux, Galilée et Michel Ange - mais, bon, c'est du marbre un peu pompeux.
Le Français râleur a quand même le temps de visiter le Duomo (mais pas la coupole, 560 marches, c'est trop pour monter au ciel), le baptistère, Santa Maria Novella
et les Uffizi.
J'ai donc bien mérité de mon métier de touriste. De festivalier aussi. Le festival a lieu dans une grande salle, avec des ors, des balcons, une coupole lumineuse,
comme un théâtre, comme il n'y en a plus beaucoup en France. Malheureusement un peu froide, parce que surdimensionnée. Non qu'il n'y ait personne, mais la salle est tellement grande.
On ressent physiquement combien la situation du documentaire en Italie est difficile et combien le courage de Luciano est grand. Heureusement qu'existent encore des
îlots de résistance dans ce pays tombé si bas politiquement, avec une gauche capable de faire voter 3 millions de personnes dans des primaires (ce ne devrait pas être rien !) et où ce vote n'aura
aucune traduction en termes de programme politique. Faiblesse insigne d'un pays qui ne sait même pas lui même combien il est uni, fasciné par ses démons contraires dont Berlusconi est le héraut
et les petits entrepreneurs de la Padanie les soutiers appliquant le principe opportuniste "Enrichissez-vous".
Et si je parlais de films? Pas de "In purgatorio", je ne peux être critique d'un film auquel je suis mêlé. Sinon pour raconter que pendant longtemps j'ai cru que
Giovanni n'arriverait pas à s'en sortir de ces histoires de catacombes napolitaines, comme si le sujet portait malchance au film (refus unanimes de financement par exemple). Un premier montage
m'avait désarçonné. De magnifiques personnages, une âme, mais du trop partout.
Et Giovanni a réussi à se sortir de son purgatoire.
Vu dimanche "La terre de la folie" de Luc Moullet, où le meilleur pince sans rire du cinéma français explore à nouveau le sud des Alpes, " Vivre ici" de Mohamed
Zran, très beau film sur une petite ville du sud de la Tunisie, mais à mon sens très amoindri par un montage trop complaisant, "I dimenticati" de Vittorio de Seta (1959! jeune cinéma). Et
quelques autres.
Demain, retour à Paris. De demain soir à vendredi soir, j'enchaîne les rendez vous sur des projets. Je visionne le dernier montage image du "Pajak".
Je suis dans le bain. Jusqu'à quand?