Dimanche 13 septembre 2009
Bonjour,
J'aime bien écrire les dimanches.
Je suis au bureau et je viens de passer ma journée à voir des DVD d'auteurs avec lesquels je suis en contact, je vois des films antérieurs qu'ils ont réalisés, et même cet après midi 3 heures de rushes d'un projet qui m'intéresse.
Ces moments sont toujours excitants, parfois frustrants. On attend comme un enfant la pépite, l'image, le son qui va déclencher une envie. C'est toujours passionnant.
J'ai souvent dit que pratiquement jamais je ne me détermine dans mon métier de producteur sur un sujet, même si bien sûr il y en a de plus "forts" que d'autres - j'aimerais bien lancer une théorie de la défense des sujets faibles -. Non, c'est toujours la rencontre personnelle avec un auteur réalisateur qui est déterminante.
Parfois, et j'aime ce risque là, je m'investis dans un projet pour lequel je n'ai vu aucune image. C'est le cas de "Fleurs noires" de Baptiste Bessette. Le tournage de ce film vient de se terminer à Hiroshima où Baptiste est resté trois mois, de mai à quelques jours après le 6 août. Ce film qui a pour symbole le gingko, cet arbre qui résiste à tout, même à la bombe, existe à travers des échanges entre Baptiste et moi. Pendant son tournage, Baptiste a écrit ses "carnets du gingko", pour faire le point sur ce qu'il filmait. Et la distance géographique était abolie. Et pas seulement géographique.
Le montage va commencer bientôt, et presque au même moment, le montage de "En souvenir du monde", le film de Frédéric Pajak sur lui-même, que le Groupe Galactica produit dans le cadre de la collection "A contre-temps".
Mais là, et contrairement à "Fleurs noires", j'ai vu beaucoup de rushes. Nous (Frédéric et moi) étions inquiets de l'hétérogénéité de ce qui a été filmé. Le projet était écrit et conçu comme ça, avec des moments de "pur" documentaire, des moments de fiction. J'ai été rassuré par notre vision. Le montage, qu'Adrien Faucheux va entamer avec Frédéric, ne sera pas facile (mais est-ce jamais facile?).
Dans ces rushes, je me suis vu. Pas de narcissisme là dedans, mais comme j'avais prêté mon appartement pour une scène (le dîner de cons), je me suis trouvé embrigadé comme con par Frédéric. A voir les autres cons, je tiens bien mon rôle. Mais je vais peut-être trépasser au montage!
Dimanche prochain, autre exercice. J'ai une vingtaine de projets à lire pour la commission du CNC dont je suis membre depuis peu ; la commission d'aide à l'innovation. J'ai pris le parti de tout lire d'un coup; ça prend une grande journée, d'autant plus qu'il peut y avoir des DVD en complément. Là aussi, je trouve passionnant de découvrir, d'avoir cette excitation devant des projets où on sait bien que leurs auteurs y ont mis toute leur énergie, leur "âme". Evidemment, il y a beaucoup de dossiers décevants, parfois mal écrits, parfois opportunistes. Mais, de temps à autre, on a un choc devant quelqu'un qui ose. Et ça rembourse des déceptions. Hasard des distributions des dossiers par le CNC, je me trouve confronté cette fois à plusieurs auteurs que je connais et dont j'apprécie ce qu'ils ont fait antérieurement. Je sens que ça va être dur.
Je disais au début que j'ai vu toute la journée des DVD. Je peux au moins parler d'un de ceux-là qu'Alexandre Cornu m'a passé l'autre jour dans notre réunion Galactica. Un des projets actuels de Zeugma, d'Alessandra Celesia (qui a réalisé "89 avenue de Flandre" - je vais y revenir) s'appelle "Le libraire de Belfast". Or, Alexandre a produit il y a quelques années "Les filles de Belfast". Très beau film, suivant deux jeunes femmes, l'une catholique, l'autre protestante, vivant dans la peur et en même temps incroyablement fortes et courageuses. Je vais le passer à Alessandra ; nous allons peut-être dans le film d'Alessandra nous retrouver dans les mêmes rues, et ce ne sera pas du tout le même film. Charme du cinéma qui, à nouveau, l'emporte sur les sujets.
Je reviens sur "89 avenue de Flandre". Le film est terminé depuis plus d'un an (nous avions fait l'avant première au MK2 Quai de Seine en octobre 2008 !) et pas encore diffusé par France 2. Certes, nous avons passé notre hiver dans une bataille pichrocoline avec le service juridique de France 2, qui a absolument voulu nous faire flouter des marques de bières (effectivement, dans un plan dans un café, le patron du bar parle avec un des personnages du film qui a un fils majeur handicapé - évidemment, on suit l'action, ce qui se dit, et tout le monde à part le dit service se fout comme l'an quarante de la marque de bière !). J'ai bataillé en vain pendant des mois ; je me suis plaint au CSA, qui m'a dit oralement qu'il n'y avait pas de problème et par écrit qu'ils ne pouvaient intervenir dans les relations contractuelles ente France 2 et Zeugma et, cerise sur le gâteau, qu'ils ne pouvaient juger qu'après diffusion.
Bref, le film n'est pas diffusé. France 2 documentaires nous avait complimenté sur la qualité du film. Je sais bien qu'il n'entre pas vraiment dans la pente dominante actuelle des attentes des diffuseurs, qui veut des films pour lesquels les auteurs prennent la main du téléspectateur (voir le récent "Apocalypse", que je trouve aussi réussi que ce que pouvait faire un instituteur public du temps de Jules Ferry racontant l'histoire). Je crains que les temps soient durs pour ce qu'il était convenu d'appeler (mais ça a un sens) le "cinéma direct", dans lequel les films de Zeugma s'inscrivent pour la plupart.
Bon, j'arrête de me plaindre ; la fois prochaine, je ne parle pas de cinéma ou de télé. Politique peut-être?
Amicalement à tous ceux qui veulent bien me lire.
J'aime bien écrire les dimanches.
Je suis au bureau et je viens de passer ma journée à voir des DVD d'auteurs avec lesquels je suis en contact, je vois des films antérieurs qu'ils ont réalisés, et même cet après midi 3 heures de rushes d'un projet qui m'intéresse.
Ces moments sont toujours excitants, parfois frustrants. On attend comme un enfant la pépite, l'image, le son qui va déclencher une envie. C'est toujours passionnant.
J'ai souvent dit que pratiquement jamais je ne me détermine dans mon métier de producteur sur un sujet, même si bien sûr il y en a de plus "forts" que d'autres - j'aimerais bien lancer une théorie de la défense des sujets faibles -. Non, c'est toujours la rencontre personnelle avec un auteur réalisateur qui est déterminante.
Parfois, et j'aime ce risque là, je m'investis dans un projet pour lequel je n'ai vu aucune image. C'est le cas de "Fleurs noires" de Baptiste Bessette. Le tournage de ce film vient de se terminer à Hiroshima où Baptiste est resté trois mois, de mai à quelques jours après le 6 août. Ce film qui a pour symbole le gingko, cet arbre qui résiste à tout, même à la bombe, existe à travers des échanges entre Baptiste et moi. Pendant son tournage, Baptiste a écrit ses "carnets du gingko", pour faire le point sur ce qu'il filmait. Et la distance géographique était abolie. Et pas seulement géographique.
Le montage va commencer bientôt, et presque au même moment, le montage de "En souvenir du monde", le film de Frédéric Pajak sur lui-même, que le Groupe Galactica produit dans le cadre de la collection "A contre-temps".
Mais là, et contrairement à "Fleurs noires", j'ai vu beaucoup de rushes. Nous (Frédéric et moi) étions inquiets de l'hétérogénéité de ce qui a été filmé. Le projet était écrit et conçu comme ça, avec des moments de "pur" documentaire, des moments de fiction. J'ai été rassuré par notre vision. Le montage, qu'Adrien Faucheux va entamer avec Frédéric, ne sera pas facile (mais est-ce jamais facile?).
Dans ces rushes, je me suis vu. Pas de narcissisme là dedans, mais comme j'avais prêté mon appartement pour une scène (le dîner de cons), je me suis trouvé embrigadé comme con par Frédéric. A voir les autres cons, je tiens bien mon rôle. Mais je vais peut-être trépasser au montage!
Dimanche prochain, autre exercice. J'ai une vingtaine de projets à lire pour la commission du CNC dont je suis membre depuis peu ; la commission d'aide à l'innovation. J'ai pris le parti de tout lire d'un coup; ça prend une grande journée, d'autant plus qu'il peut y avoir des DVD en complément. Là aussi, je trouve passionnant de découvrir, d'avoir cette excitation devant des projets où on sait bien que leurs auteurs y ont mis toute leur énergie, leur "âme". Evidemment, il y a beaucoup de dossiers décevants, parfois mal écrits, parfois opportunistes. Mais, de temps à autre, on a un choc devant quelqu'un qui ose. Et ça rembourse des déceptions. Hasard des distributions des dossiers par le CNC, je me trouve confronté cette fois à plusieurs auteurs que je connais et dont j'apprécie ce qu'ils ont fait antérieurement. Je sens que ça va être dur.
Je disais au début que j'ai vu toute la journée des DVD. Je peux au moins parler d'un de ceux-là qu'Alexandre Cornu m'a passé l'autre jour dans notre réunion Galactica. Un des projets actuels de Zeugma, d'Alessandra Celesia (qui a réalisé "89 avenue de Flandre" - je vais y revenir) s'appelle "Le libraire de Belfast". Or, Alexandre a produit il y a quelques années "Les filles de Belfast". Très beau film, suivant deux jeunes femmes, l'une catholique, l'autre protestante, vivant dans la peur et en même temps incroyablement fortes et courageuses. Je vais le passer à Alessandra ; nous allons peut-être dans le film d'Alessandra nous retrouver dans les mêmes rues, et ce ne sera pas du tout le même film. Charme du cinéma qui, à nouveau, l'emporte sur les sujets.
Je reviens sur "89 avenue de Flandre". Le film est terminé depuis plus d'un an (nous avions fait l'avant première au MK2 Quai de Seine en octobre 2008 !) et pas encore diffusé par France 2. Certes, nous avons passé notre hiver dans une bataille pichrocoline avec le service juridique de France 2, qui a absolument voulu nous faire flouter des marques de bières (effectivement, dans un plan dans un café, le patron du bar parle avec un des personnages du film qui a un fils majeur handicapé - évidemment, on suit l'action, ce qui se dit, et tout le monde à part le dit service se fout comme l'an quarante de la marque de bière !). J'ai bataillé en vain pendant des mois ; je me suis plaint au CSA, qui m'a dit oralement qu'il n'y avait pas de problème et par écrit qu'ils ne pouvaient intervenir dans les relations contractuelles ente France 2 et Zeugma et, cerise sur le gâteau, qu'ils ne pouvaient juger qu'après diffusion.
Bref, le film n'est pas diffusé. France 2 documentaires nous avait complimenté sur la qualité du film. Je sais bien qu'il n'entre pas vraiment dans la pente dominante actuelle des attentes des diffuseurs, qui veut des films pour lesquels les auteurs prennent la main du téléspectateur (voir le récent "Apocalypse", que je trouve aussi réussi que ce que pouvait faire un instituteur public du temps de Jules Ferry racontant l'histoire). Je crains que les temps soient durs pour ce qu'il était convenu d'appeler (mais ça a un sens) le "cinéma direct", dans lequel les films de Zeugma s'inscrivent pour la plupart.
Bon, j'arrête de me plaindre ; la fois prochaine, je ne parle pas de cinéma ou de télé. Politique peut-être?
Amicalement à tous ceux qui veulent bien me lire.
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